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Les cyprès de Vincent Van Gogh

Il faut être un peu bête, dit Akira Kumo à Virginie Latour, et l’être avec une sorte d’obstination irraisonnée, pour s’intéresser aux nuages. Pour la plupart des personnes de bon sens, les nuages sont là. Et puis, c’est tout. Que dire d’autre ? Ils font partie du décor. Il n’y a pas de raison de les considérer avec davantage d’attention. Pour la plupart des gens, il n’y a rien d’étonnant dans les nuages, il n’y a rien en attendre ; sinon de l’eau, sous différentes formes. Les hommes ne regardent les nuages que pour guetter la pluie, soit qu’ils l’attendent avec une impatience fébrile, soit qu’ils la redoutent comme une catastrophe. Les progrès de la civilisation occidentale les ont encore détournés davantage de l’observation du ciel : dans cette partie du monde les hommes consultent leur poste de radio ou de télévision pour savoir comment s’habiller. En de rares occasions, ces hommes sont touchés par la beauté absolue des nuages. C’est par exemple quand le ciel est bleu et que, allongés dans l’herbe d’un parc, ils ont fini de pique-niquer ; ils se sont renversés en arrière ; ils regardent les nuages passer, et fugitivement les admirent, en digérant. Ils ne pensent à rien. Et ils n’ont pas forcément tort. Une forme de bêtise habite toute pensée ; et donc, le désir de comprendre les nuages.

Extrait de La théorie des nuages de Stéphane Audeguy

Chacun connaît ces moments rares et un peu magiques où des éléments convergent faisant jaillir un thème ou une idée comme une évidence. Ce week-end, la beauté insaisissable des nuages étaient dans mon esprit, que je lise, avec ce beau roman de Stéphane Audeguy, que je regarde au loin sur la belle vallée de l’Oise ou que j’admire l’exposition sur l’impressionnisme au Château d’Auvers-sur-Oise. Partout des nuages à l’humeur changeante, aux mouvements imprévisibles. Partout.

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