Les trous de conjugaison

L’une de mes pépites de ces derniers jours, ce roman d’Ingrid Naour ! Je ne saurais dire ce qui me réjouit le plus, d’avoir lu ce texte débordant de vie et d’humour ou d’avoir déniché cet ouvrage dans le rayonnage d’une bibliothèque d’hôtel. Les deux assemblés certainement comme un gâteau et sa cerise.

Quelle belle idée que cette bibliothèque bien fournie dans un hôtel paumé dans la campagne ! C’est le format du roman, je crois, qui m’a attirée. Une centaine de pages pour un court séjour, c’était jouable. Le titre aussi. Les trous de conjugaison, késako ? L’auteure que je ne connaissais pas, la collection qui n’était pas celle d’un roman de gare. Et la 4e de couverture évidemment que je vous livre en photo parce que je ne saurais faire mieux pour vous décrire ce texte à dévorer comme une bouchée au chocolat.

Au fait, il semble que les trous de conjugaison, ce sont des orifices situés de part et d’autre de la colonne vertébrale. Et quand les nerfs rachidiens qui y passent s’y coincent, ça fait très mal ! Voilà pour le sens propre. Quant au sens figuré que je suppose voulu par l’auteure, disons que notre héroïne, gourmandes des mots, les envoie pas mal virevolter ! Et c’est tordant.

 

Wabi-sabi

Je me suis lancée, enfin !

J’ai participé à un atelier de kintsugi, depuis un moment cela me titillait, je vous en avais parlé. J’ai lu pas mal de romans (dont La patience des traces) et d’articles sur cet art japonais ancestral de la réparation de céramiques, qui consiste à souligner les défauts, à les sublimer, au lieu de les cacher. Un art qui demande du temps, de la patience où il est question de wabi-sabi et dont je voulais mieux appréhender la philosophie.

A l’hôpital des céramiques

Deux heures au chevet de mon pot cassé, à le recoudre, le panser, le perfuser avec de l’urushi, cette sève naturelle au coeur de la technique. L’observer et apprendre à connaitre son grain, sa blessure pour la magnifier sous la poudre d’or.

En soignant ma céramique, je pensai à mes propres cicatrices, à ces dessins que, devant le miroir de ma chambre, j’avais parfois tracés par-dessus, au stylo bille, avant de m’habiller. Une longue tige sur la balafre abdominale se ramifiant en autant de roses que de marques laissées par le passage de drains. Et un papillon sous l’omoplate droite, sur la couture qui enferme encore la chambre d’injection. Mes cicatrices ont blanchi, à n’être désormais qu’à peine visibles. Plus jeune, plus marquée, j’aurais, je pense, envisagé de prêter mon corps à un kintsugi de tatouages. Les analogies que je découvrais dans ces deux techniques me troublaient, mais la suite ne fit que m’ébranler encore un peu plus.

Quand l’incident surgit

Je quittai l’atelier ma céramique ornée d’or insuffisamment sèche, calée dans un sac à fond plat. Bousculade sur le quai du métro, sac serré contre moi dans une rame bondée. Je sentais vaciller la santé du pot. Quand je le déballai enfin sur la table de ma cuisine, je ne pus que constater ses nouveaux stigmates. Des filets d’urushi dorés dégorgeant de rouge, comme autant de sutures exhalant un pus sanguinolant. Il n’y avait rien d’autre à espérer que d’attendre la fin complète du séchage et imaginer comment composer un nouveau dessin en intégrant ses nouvelles imperfections. Dans un tatouage, dans un kintsugi, comme dans l’existence, aucun retour possible en arrière.

Que la patine triomphe

Quelques années plus tôt, j’aurais pesté contre cet accident, englobant dans mon courroux l’animatrice de l’atelier, les usagers du métro, la RATP et ma petite personne qui n’avait su gérer ce transport. Et certainement, bougonne, aurais-je remisé dans un coin sombre le pot mal foutu.

Je déposai ma céramique blessée sur une étagère de mon salon, bien en vue. Posai à ses côtés un chevalet de papier. Ne pas toucher, en séchage long, le temps de la résilience. Plusieurs fois je passais devant, je la regardais, me demandant si j’allais la retoucher ou bien laisser à nu les marques de son histoire. Mais l’évidence ne tarda pas à s’imposer, c’est ainsi que je l’aimais avec son rouge bavant sous son or, avec la patine et les cicatrices de son parcours de vie, avec sa beauté dans l’imperfection que les  japonais nomment le Wabi-Sabi.

Il n’était plus question de retouche.

Veiller sur elle

Comme la plupart des romans distingués par le Prix Goncourt, celui de Jean-Baptiste Andrea a suscité des avis divergents à foison.

Détracteur ou admirateur, chacun sa position. Je fais partie des seconds, j’ai bien accroché en lisant Veiller sur elle, une belle histoire d’amour contrarié entre Viola, une aristocrate, et Mimo, un nain de basse condition. Mimo est un talentueux sculpteur, Viola d’une remarquable intelligence. Entre ces deux êtres extraordinaires, « jumeaux cosmiques », née une amitié indéfectible dans une Italie de l’entre deux guerres qui voit la montée du fascisme.

 

Dans cette fresque romanesque, où la beauté habite chaque page, il est question de classes sociales, de féminisme, de pouvoir, d’argent, d’ambition, de politique, d’amour, d’amitié et d’art, bien entendu.

J’ai passé de belles heures aux côtés de Mimo et Viola, merci à mon amie Marie-Pierre de m’avoir offert ce beau voyage.

puzzle

Pièces de vérité

Ma nouvelle Une nuit aussi blanche qu’une feuille a fait couler de l’encre… Des lecteurs m’ont témoigné leur sollicitude et apporté des conseils pour favoriser le sommeil. Merci beaucoup à eux, à vous.

Mais rassurez-vous, je dors plutôt bien. Dois-je rappeler que les histoires que je vous livre sont des fictions ? Certaines, je le signale parfois, sont proches du récit, mais toutes renferment une part d’imaginaire majoritairement prépondérante. Si j’opte souvent pour une narration à la première personne du singulier, c’est pour mieux incarner mon personnage mais c’est bien lui qui s’exprime. Pas moi.

Certains d’entre vous peuvent se souvenir de mon premier roman, Point à la ligne, dans lequel je prêtais des confidences à un couteau, à une quinquagénaire trompée, à une jeune Community manager ainsi qu’à une vieille dame. Aucun lecteur ne s’est essayé à m’imputer des activités tranchantes, bien heureusement, ni à m’imaginer en maison de retraite ou en geek esseulée, mais quelques-uns se sont aventurés à croire mon couple en danger. Evidemment c’était facile. Que dire de mon dernier roman Le voisin du 7e où il est question d’un couple doublement adultère ? Je vous laisse transposer…puzzle

Dans tout récit il y a de la fiction et dans toute fiction de l’autobiographie, il ne peut en être autrement, je crois. J’affirme d’ailleurs que l’un des plaisirs de l’écriture réside dans la faculté à piocher par-ci par-là des pièces de réalité et à les déposer sur la grande toile de la narration.

Au fait, pour bien dormir, j’ai les gélules Garantie nuit complète, celles de la pub à la télé. A moins qu’elles ne soient que le fruit de mon imagination, allez savoir…

Superlatifs

(cliquez sur les photos pour les afficher correctement)

Que dire de notre Dame de fer ? Colossale, féérique, époustouflante, élégante, sculpturale, majestueuse, lumineuse, enchanteresse, aérienne, magnifique, unique, éclatante, merveilleuse, splendide, exceptionnelle, somptueuse, extraordinaire, incroyable, fantastique, singulière, remarquable, extravagante, irrésistible, magique, phénoménale, prodigieuse… Toujours aussi fascinante pour le moins.

Quels qualificatifs proposez-vous ?

Photos prises le 15 février 24 avec mon vieil Iphone.

draps froissés

Une nuit aussi blanche qu’une feuille

draps froissésElle tourne et retourne dans son lit. A chaque mouvement le bruissement de la couette neuve, comme celui d’une longue jupe en taffetas qui ondule sous les pas.

Le sommeil se refuse à elle. Une question la taraude, qu’elle ne parvient à laisser filer, à laquelle elle refuse de réfléchir pourtant. C’est dormir qu’il lui faut.

Coup d’œil au réveil posé sur sa table de nuit. 02 : 40.

Elle écoute la respiration régulière, légèrement sifflante, de son compagnon. Avec cet agaçant petit claquement sec clôturant chaque expiration.  Pfuiiii-clac. Pfuiiii-clac. Pfuiiii-clac. Elle imagine une membrane en caoutchouc posée sur la glotte qui se soulève et retombe sèchement quand le flux d’air se tarit.

A l’écouter, elle cale dessus sa propre respiration jusqu’à s’en trouver oppressée.

Elle se concentre sur ses pensées pour retrouver son propre rythme. Et retourne inévitablement vers sa question. Pas elle, pas elle. Demain elle y verra plus clair, elle trouvera une idée, enfin peut-être.

03:22.

Sa respiration s’apaise, mais tant qu’elle n’aura pas de réponse, sa nuit restera jour. Méditer, c’est ce qu’il lui faudrait.

Elle se force à écouter la rue pour apaiser son esprit. Entend le roulis d’une voiture sur la voie pavée. Depuis que les places de parking le long des trottoirs ont été remplacées par des arbustes, la voie est devenue moins passante. Désormais elle identifie chaque passage. Un autre bruit de moteur.

Une moto cette fois. Avec un coup d’accélérateur juste sous la fenêtre. Ce besoin toujours de faire vrombir un moteur, même dans la nuit. Pour se sentir puissant certainement, se rassurer, ça l’étonne toujours.

Des voix maintenant. D’hommes. Des cris plutôt. Une conversation, rien d’autre, animée, comme en plein jour. Elle peine à comprendre cet attrait pour le bruit, cette abstraction de la nuit, des riverains qui dorment.

Qui dorment presque tous. Parce qu’elle, elle ne dort toujours pas.  04: 09

C’est long une nuit quand l’esprit refuse de rendre les armes.

Une valise roule sur le trottoir. Elle connait bien ce petit bruit entêtant si caractéristique.

Elle en a même écrit une histoire, celle qu’elle a justement soumise au concours de l’année précédente. Et si elle ne lui a rapporté aucune récompense, elle en était satisfaite. C’est ce qui l’a poussé à se réinscrire.

Voilà ce qu’elle recherche, un sujet aussi intéressant. Non, non, elle ne veut pas se torturer les méninges, pas maintenant. C’est attendre la fin de la nuit qu’elle veut, il faut qu’elle dorme !

Comment l’avait-elle trouvé, ce sujet ?

Son pouls s’accélère tandis qu’elle réalise ce qui se passe. Elle vient d’arriver très précisément au point qu’elle cherche à éviter depuis son coucher. Se questionner !

Plus exactement se creuser la tête pour trouver le sujet de la nouvelle qu’elle doit déposer d’ici deux jours au concours de sa ville. Parce qu’elle s’y est engagée et que l’inspiration la fuit depuis.

Elle inspire profondément. Jette un œil désespéré au réveil. 05:12. Sa nuit est fichue. A éviter de penser, elle a perdu le sommeil et son temps. Et maintenant que son cerveau s’échauffe en vain, comment trouver cette fichue idée dans cette nuit noire et calme ?

C’est étrange une nuit quand on y pense. Parce qu’il ne se passe rien ou si peu en apparence. Mais c’est quand on n’attend plus rien qu’il arrive ce qui doit arriver.

Voilà l’idée qu’elle cherchait, c’est sa nuit qu’elle va raconter, en faire une nouvelle. Une nuit blanche pour que sa feuille ne le soit pas avec, à l’aube seulement, l’idée de la nuit blanche et de la feuille qui ne le sera pas.

Alors seulement elle s’endort.

05:54

 

Photo Pixabay par AJS1

Dans le bruit d’un café

Depuis longtemps, probablement depuis la Covid et tout ce qui en a découlé pour moi, je n’avais pas écrit, attablée dans un bistrot. Mais tout dernièrement, en attendant une amie, j’ai commandé un café, sorti mon ordinateur et j’ai commencé à écrire. Et immédiatement retrouvé ce plaisir de laisser vaquer son esprit dans le bruit des verres choqués, du percolateur, de la rue, et de bribes de conversation. Jusqu’à ce que deux copines viennent s’installer à la table voisine et se confient l’une à l’autre. Pour l’une il s’appelle Medhi, pour l’autre Nico… et je n’ai pas plus écrire plus longtemps. 🤭 😇