Tous les articles par Fabienne Vincent-Galtié - Auteure

La fièvre

Dévoré en trois jours, le dernier roman de Sébastien Spitzer, sympathique et talentueux écrivain que j’ai eu le bonheur de côtoyer quelques jours à l’école Les Mots lors de l’atelier qu’il animait.

La fièvre, une fiction sur fond historique, joliment écrite.

1878, la ville de Memphis est confinée (la Nouvelle-Orléans et d’autres également), la fièvre jaune frappe ; 2020, la France est confinée (et d’autres pays également), la Covid-19 sévit.

Troublant parallèle.

Les Mots

Une semaine passée chez Les Mots, l’école d’écriture. Cinq après-midi pour prendre du recul sur ses écrits et s’y replonger en même temps. Neuf compagnons d’écriture et un écrivain, Sébastien Spitzer.

L’école de la rue Dante dans le 5e, à Paris.

Le plaisir de s’adonner à sa passion, la souffrance de comprendre vers quoi tendre sans en trouver les ressorts. L’écriture est une longue quête, on le sait.

« Les fausses jumelles », manuscrit relégué dans les entrailles d’un traitement de textes depuis dix ans, va bien retrouver la lumière sous les traits d’une paire de jumeaux. Tout le récit est à reprendre, tout est à reconstruire mais les personnages sont bien là, déjà.

Une bien belle journée

Il n’est pas 5 h quand je m’extrais de mon lit. Migraine.

Dehors, il fait nuit. Pluie à verse.

La grille du métro est fermée. Panne du mécanisme, m’expliquent les deux agents qui s’escriment à la relever.

Je cours jusqu’à l’accès suivant. La pluie redouble.

Je m’égoutte sur le quai, les lunettes embuées, en attendant la rame.

À la station Gare de Lyon, l’escalier roulant est HS. Plutôt que d’en chercher un autre plus vaillant, qui sait ?, je saisis la poignée de ma valise et m’attaque à la longue volée de marches avec l’entrain d’un alpiniste en début d’ascension.

Au-dessus de la Seine, en plein milieu du Pont d’Austerlitz, une des deux roulettes de ma valise lâche. Il faut dire que la roulante n’est pas jeune.

Je la tire tant bien que mal, comme on remorquerait un avion posé sur un demi train d’atterrissage.  

Je monte dans le train trois minutes avant que le sifflet du départ retentisse. Ma montre ne va tarder à annoncer 6h.

Au fil des années, l’heure de ce premier train de la journée à destination de Toulouse via Limoges avance inexorablement, tandis que l’heure d’arrivée stagne. Il vaut mieux sans hésitation se rendre à Bordeaux qui se rapproche de Paris, elle, d’année en année. Mais c’est à Cahors que vit ma mère…

Tandis que le train s’ébranle, je change mon masque, déjà humide. Pose mes lunettes à cheval sur ma cuisse afin qu’elles sèchent elles-aussi. Et je somnole.

Je vais chercher un café un peu plus tard. Regagne ma place. Attrape un livre au fond de mon sac à dos, par habitude car je suis bien incapable de lire tandis que ma tête tambourine, ôte mon masque pour siroter le nectar fumant. Mes lunettes ne sont plus sur mon nez. Damned !

Je me lève brusquement craignant de m’être assise dessus – ça m’est déjà arrivée voyez-vous, renverse une partie de mon café sur mon jeans – il était mouillé, il le reste ; il était bleu, il se charge de marron ; il était frais, il devient chaud, mais pas au point de me brûler la peau, c’est déjà ça. La question des lunettes est la seule qui me préoccupe de toute façon à cet instant-là.

L’examen de mon siège ne révèle rien qui évoquerait de loin ou des près des prothèses d’œil, Mais où sont-elles passées que diable ? Quand mon regard balaie l’allée, remontant virtuellement le chemin accompli avant de me rasseoir, je les voie à quelque deux mètres de moi – vous remarquerez que je me débrouille sans elles, mais c’est quand même mieux avec ! – alanguies sur la moquette gris chiné.  Intactes. Pas piétinées, même pas bousculées. Un miracle.

Dans deux heures le jour se lèvera sur une bien belle journée.

Un autre registre

Les premières critiques qui remontent sur mon dernier roman, Le voisin du 7e, font état de surprise. Les lecteurs qui me connaissent ne s’attendaient pas à un récit érotique.

Image par Arek Socha de Pixabay

« Juste ce qu’il faut de sensuel. Et pour être tout à fait franche, je ne t’aurais pas imaginée écrire ce type d’histoire. » Marie-Claire

« Un registre bien différent de ce que tu as écrit jusque-là. Je n’en reviens pas ! » Leslie

« Vous écrivez sûrement comme vous parlez : beaucoup de débit, de fantaisie et d’enthousiasme autour de votre obsession naturelle, celle des désirs brûlants, des sentiments volatils et du paradoxe amoureux. » Etienne

Je m’en amuse, je m’en inquiète. Et me demande quelle tonalité mettre dans mon prochain roman. Ou plutôt de quelle tonalité sera fait mon prochain roman car ce n’est pas moi qui choisis, je vous l’assure. C’est le récit lui même qui prend le pouvoir.

L’auteur et ses fantasmes

La sempiternelle question : L’auteur vit-il ses fanstasmes dans ses écrits ? Les lecteurs ont tôt fait de reconnaitre les désirs, les propres expériences de l’auteur dans ce qu’il fait vivre à ses personnages. Et que cet auteur revendique haut et fort que d’une pure fiction il s’agit n’y change guère.

J’ai ainsi eu souvent à m’en défendre, et mon dernier roman (Le voisin du 7e), je le crains, ne va nullement contribuer à ce qu’on m’épargne !

Sonia Dron, une amie auteure, m’a dit répondre, quand on la renvoie à ses romans érotiques, que si Stephen King avait vécu ou seulement fantasmé tout ce qu’il fait vivre à ses héros, il serait un psychopathe.

La mise au point de Rougepolar sur son blog me parait pertinente également :

L’auteur vit-il ses fantasmes dans ses écrits

.C’est la réponse que je relaie en tout cas à tous ceux qui me voient là où je ne suis pas.