Tous les articles par Fabienne Vincent-Galtié - Auteure

On ne peut pas vivre l’instant…

« Je parie que tu es écrivain. Ou apprenti écrivain. Ne t’étonne pas : j’ai appris à reconnaître les gens de ton espèce au premier coup d’œil. Ils regardent les choses comme s’il y avait derrière chacune d’elle un profond secret. Ils voient un sexe de femme et le contemplent comme s’il renfermait le clef de leur mystère. Ils esthétisent. Mais une chatte n’est qu’une chatte. Il n’y a pas à baver votre lyrisme ou votre mystique en y noyant vos yeux. On ne peut pas vivre l’instant et l’écrire en même temps.

— Bien sûr que si. On peut. C’est ça, vivre en écrivain. Faire de tout moment de la vie un moment d’écriture. Tout voir avec les yeux d’un écrivain et…

Voilà ton erreur. Voilà l’erreur de tous les types comme toi. Vous croyez que la littérature corrige la vie. Ou la complète. Ou la remplace. C’est faux. Les écrivains, et j’en ai connu beaucoup, ont toujours été parmi les plus médiocres amants qu’il m’ait été donné de rencontrer. Tu sais pourquoi ? Quand ils font l’amour, ils pensent déjà à la scène que cette expérience deviendra. Chacune de leurs caresses est gâchée par ce que leur imagination en fait ou en fera, chacun de leurs coups de reins, affaibli par une phrase. Lorsque je leur parle pendant l’amour, j’entends presque leurs « murmura-t-elle ». Ils vivent dans des chapitres. Un tiret de dialogue précède leurs paroles (…), en fin de compte, les écrivains comme toi sont pris dans leurs fictions. Vous êtes des narrateurs permanents. C’est la vie qui compte. L’œuvre ne vient qu’après. Les deux ne se confondent pas. Jamais. »

Ce texte est extrait du dernier roman de Mohamed Mbougar Sarr (lecture recommandée par mon amie Nicole), La plus secrète mémoire des hommes, qui vient d’obtenir le Prix Goncourt et dont j’aurai très certainement envie de reparler.

C’est la magie des textes réussis de mettre des mots sur des situations, des émotions qu’on a connues, de les faire remonter dans sa mémoire, de leur donner de la matière. En lisant cet extrait, je me suis revue à l’hôpital (loin d’une scène d’amour !) il y a quelques mois en train d’imaginer la façon de décrire ce que je vivais, d’en construire des phrases. Je percevais qu’il s’agissait pour moi d’écrire ces instants douloureux pour ne pas les vivre vraiment. De me placer en observateur pour ne pas en être le sujet. Ah ça, j’en ai mis dans mon récit mental des tirets, des « pensa-t-elle », des « dit-il », des silences et des bruits de crocs dans le couloir !

Le petit polémiste

Il y a deux semaines, j’avais annoncé la lecture d’une pépite. Je vous la dévoile.

Le petit polémiste de Ilan Duran Cohen (Actes Sud) est la satire d’une société dominée par la bien pensance, la régulation des relations sociales, les interdits et injonctions à tout va au nom de la santé morale et psychique, de l’avenir de la planète et de l’équité multilatérale. Cette dystopie fait autant grincer des dents qu’elle étire les zygomatiques. Je l’ai adorée et aussitôt recommandé sa lecture à des proches. Et à vous maintenant.

J’ai découvert cette petite merveille grâce à un post de Pascal Perrat, sur Linkedin je crois. Pascal et son épouse Sylvianne, tous deux coachs en écriture, ont eu la gentillesse de m’accueillir dans leur merveilleuse maison girondine il y a quelques années déjà, quand j’écrivais Point à la ligne. Leurs conseils et encouragements furent décisifs.
Dans son blog Entre2lettres, Pascal propose très régulièrement des exercices d’écriture créative qui sont de petites perles pour délier les doigts et les neurones. Avis aux amateurs !

Page auteur sur Facebook

Photo de Anna Shvets provenant de Pexels

Depuis quelques mois, je suis dans un mood ménage, j’en ai déjà parlé. Je trie, je répare, je recycle (surtout pas de gâchis).

A chaque chose, sa case ; à chaque case, ses choses. Mon profil Facebook n’y échappe pas. Jusque-là il était ouvert à (presque) tous, aux copines comme aux curieux, aux amis d’enfance comme à des confrères auteurs. Evidemment je veillais scrupuleusement à ce que j’y affichais ! Pour le réserver dorénavant aux seules publications personnelles, je viens de créer une page auteur qui, elle, relaiera mon actualité littéraire.

Je vous invite à vous abonner à ce nouveau lieu de rendez-vous : Fabienne Vincent-Galtié – Auteur.

Les vases communicants

Une illustration tirée du site lecercledugrau.com

Ces vases communicants seraient un peu comme les deux hémisphères de mon cerveau s’il devait y en avoir un dédié à la lecture et l’autre à l’écriture. Quand j’écris beaucoup, je ne lis pas du tout. Quand je n’écris pas, je lis beaucoup. Question de temps évidemment, de disponibilité et d’état d’esprit surtout.

J’ai lu pas mal de témoignages d’écrivains. Certains se nourrissent de lectures alors qu’ils écrivent, d’autres les bannissent au contraire pour mieux se concentrer sur leur œuvre. A chacun ses besoins.

En ce moment, j’écris un peu et je lis un peu. Moitié-moitié, c’est assez nouveau pour moi, comme pas mal de choses de ma vie actuelle.

Ainsi je me délecte en ce moment d’un petit roman dont je parlerai certainement dans quelques jours. Mais là il est l’heure pour moi d’écrire. Ou de lire. Ou plutôt un peu des deux certainement d’ici ce soir.

Un instant dans la vie de JK Rowling

Intéressante lecture que ces nouvelles de Marianne Jaeglé rassemblées sous le titre Un instant dans la vie de Léonard de Vinci et autres histoires. Marianne, qui fut l’animatrice d’un atelier auquel j’ai participé en 2016-17 quand j’écrivais Le voisin du 7e, a imaginé le moment décisif dans la création d’une œuvre, celui qui fait basculer l’existence d’un artiste. Elle nous raconte ainsi avec son talent de conteuse les instants majeurs de 21 artistes mondialement célèbres. Parmi eux, JK Rowling, l’auteure qui me fascine et pour laquelle j’ai moi-même imaginé une scène de « révélation » dans Merci Gary, mon deuxième roman. Loin de celle de Marianne, assurément à des années lumière de la vérité. D’ailleurs mon héroïne à moi s’appelle Jenna R. King et a écrit Gary Plotter. Toute ressemblance est bien sûr fortuite. 🙂

Loin !

Ce premier roman d’Alexis Michalik m’a empêchée d’écrire le week-end dernier ! Impossible de le lâcher avant la dernière page. Du coup pas de temps à consacrer à mes propres personnages.

Il faut dire que Loin nous emporte très loin. Ses personnages truculents nous entraînent avec eux dans des situations rocambolesques, des aventures incroyables, de pays en pays à travers l’Histoire, à la recherche de leurs origines.

Cet hymne à l’amour, à la liberté, à la tolérance et à l’amitié est drôle, émouvant, visuel, très documenté. On ne pouvait en attendre moins de cet auteur, acteur, scénariste, metteur en scène – et j’en oublie certainement – brillantissime.

Retrouvailles

Technologie photo créé par standret – fr.freepik.com

Après des mois d’inactivité littéraire – la santé d’abord !, sauf quelques rares posts sur ce blog, Facebook et Insta, j’ai repris mon tapuscrit en cours et retrouvé avec un immense plaisir mes deux héros, Lucas et Pierre. J’ai beau les connaître par cœur – je suis leur génitrice, non ? , je me laisse toujours surprendre en relisant leurs aventures.

J’avais déjà promis, je crois, en février de ne plus les laisser tomber, j’ai failli, je dois l’avouer. Je croise les doigts, je crache (virtuellement), je promets à nouveau. Mes deux protagonistes ont encore bien des choses à nous révéler qu’il me faut aller chercher, et cette fois-ci, c’est pour de bon !

Upcycling

Image par congerdesign de Pixabay

Lors d’une promenade dans le centre-ville, je suis entrée dans une boutique éphémère. L’une des exposantes proposait des créations en upcycling. Des pièces de tissu (rideaux, nappes, draps, foulards…) achetés chez Emmaüs et transformés par ses soins en vêtements. Si cette pratique a désormais le vent en poupe, dans un esprit développement durable, elle n’a rien de nouveau. Nos aïeules avaient cette sagesse et les savoir-faire nécessaires : elles recyclaient ! Les pulls étaient détricotés, la laine lavée et retricotés, les boutons décousus avant de donner un effet, on assemblait, on raccommodait avec ingéniosité et créativité. Les vêtements des adultes étaient retaillés pour les enfants, ceux des ainés pour les plus jeunes, les vieux lainages servaient de bourre à coussin, les tissus fin de doublure… Le recyclage était infini. J’en parle justement dans la nouvelle Point à la ligne de mon recueil éponyme :

« C’est elle (NDLR : il s’agit de la mère d’Adrienne, l’héroïne) qui préparait les repas en prenant bien soin d’éplucher le plus finement possible les pommes de terre, reprisait les chaussettes, cousait des sacs dans les vieux draps pour emballer des aliments ou du linge, ou encore coupait des serviettes hygiéniques pour ses deux filles et elle dans les draps de bain élimés. »

Upcycling aujourd’hui, usage de bon sens autrefois.