Archives de catégorie : Micro-nouvelles et autres récits courts

Max et Johnny, l’amie

Deuxième partie de ce récit inédit

Rappel Partie 1

Comme tous les matins, j’entends tapoter à la porte d’entrée. Je sais que c’est Johnny qui frappe le battant intérieur de sa patte droite, juste assez fort pour que le bruit des griffes me réveille. C’est l’heure de sortir ! il me dit.

Ni dormeur ni chanceux

Je n’ai jamais dormi profondément, ou alors quand j’étais tout gamin, je ne me souviens plus mais normalement les enfants, ça dort. La mort de mes parents, la vie en foyer, puis dans la rue, c’est ça qui a dû casser mon sommeil, sans que je m’en rende compte. Et pour le recoller je n’ai pas encore trouvé la solution. Je ne suis ni magicien ni sorcier ni génie, ni particulièrement chanceux, je le sais depuis longtemps. Il y a quelques années j’ai trouvé un billet de cinq euros dans le caniveau, roulé comme une cigarette. Il m’a fait penser à Gainsbourg, pour la clope et l’argent. J’ai eu envie de l’allumer, ce rouleau de bifton, et de le regarder brûler, comme il l’a fait lui. Peut-être même de faire semblant de le fumer en le portant à mes lèvres d’un geste large et nonchalant. Pour le plaisir de me dire je suis riche, que je m’en fous de ce fric. Sauf que je ne suis pas riche du tout, et que je ne dédaigne pas l’argent, loin de là. Pas au point de voler pourtant. Si j’avais su à qui le rendre ce billet, je ne m’en serais pas privé.

Au fastfood

À défaut, je me suis offert un repas au Mc Do. Un menu Best Of avec des frites bien chaudes et de la sauce dégoulinante sur mon steak. En mastiquant, je regardais les gens, attablés comme moi, des familles avec des enfants excités ainsi que des adultes seuls qui semblaient concentrés sur leur seul hamburger. Il est vrai qu’il n’est pas facile à manger le building de pain mais il y a quand même moyen de regarder autour de soi il me semble ! Comme s’ils étaient gênés de manger. Ou de se trouver dans un fastfood. Ou d’être seul. Manger c’est la vie, c’est ne pas pouvoir manger qui est pénible ; s’asseoir dans un resto quel qu’il soit est un privilège, et se trouver seul, c’est ainsi. Il n’y a rien d’honteux.

Matinal et baladeur

D’un nouveau coup de patte, Johnny me signifie son impatience. Avec lui, j’ai trouvé plus matinal que moi. J’arrive ! je lui dis. Je le préviens pour qu’il ne fonce pas sur mon pieu. Pas très patient, mon chien. Jamais plus d’un rappel. Après, il saute sur mon lit et me pousse du museau jusqu’à ce que j’en tombe. La promenade du petit matin, elle est sacrée pour lui. Celle de la fin de la matinée aussi. Celle du milieu de l’après-midi tout autant et celle de la soirée, peut-être plus encore. Un chien baladeur, et c’est moi qui suis tombé dessus !

On n’obtient que…, on obtient ce que

À l’orphelinat, le plus vache des surveillants nous rabâchait de sa voix aussi perchée que le corbeau de la Fontaine sur son arbre : « on n’obtient que ce qu’on mérite. » Il voulait dire : une petite bêtise, une gifle ; une moyenne bêtise, une corvée ; une grosse bêtise, des privations. On obtenait ce qu’on méritait toujours dans ce sens-là. Le sien. Quand le « on n’obtient que… » arrivait, on savait à quoi s’en tenir.

Peut-être que j’ai mérité Johnny. Matinal et baladeur. Parce que je suis matinal et baladeur moi-même. Un chien perdu parce que je l’étais sans lui, perdu. Un amour de chien parce que j’en manquais, de l’amour. Et que grâce à lui, le monde est plus doux.

Caresses et mots gentils

Désormais les gens s’attardent à nos côtés. Un petit mot gentil. Une caresse à Johnny. Surtout ceux qui possèdent un chien eux-mêmes, et les enfants. Certains parents tiquent un peu au début. Ne caresse pas le chien ! Ne t’approche pas trop ! Pour ne pas paraitre impolis, ils m’expliquent qu’ils n’ont rien après mon chien, mais qu’ils ne veulent pas donner à leurs rejetons l’habitude de caresser n’importe quel animal même domestique ; ils demandent son nom. Et puis au fil des rencontres, ils laissent l’enfant s’approcher et caresser le chien. Avec certains, c’est même devenu un rituel. Quand ils rentrent de l’école, main dans la main avec leur enfant, ils cherchent Johnny des yeux en m’apercevant dans la rue. Ou l’inverse. Nous sommes devenus un couple indissociable comme Les Chéris. Presque les stars de la rue. Tout ça grâce à mon pirate des Caraïbes.

Des friandises

Jusqu’alors je paraissais invisible pour ces familles-là. Je les voyais bien, moi, pourtant. Théo, le gamin au cartable rouge avec son père toujours la clope au bec. Les deux jumelles et leur nounou collée au téléphone. Le petit Arthur et son sourire polisson, avec sa mère en jean basket. Je les connaissais déjà, je les connais encore mieux parce que désormais ils s’arrêtent et nous adressent quelques mots. Le Bonjour Johnny et les dix secondes que passe l’enfant à tenter d’amadouer mon monstre sont la friandise du chemin entre leur maison et l’école. Sans danger pour les dents de lait. Pour moi aussi ces rencontres sont des bonbons qui adoucissent mes journées.

Le collier

Pressé ou pas, Pierrot, le postier, s’arrête systématiquement pour discuter. Ça aussi c’est nouveau. Un bonjour, une caresse à Johnny et quelques mots. C’est lui qui a émis l’idée d’un collier. Un chien sans collier, c’est un chien errant, il a dit. J’ai eu beau expliquer que je ne me tenais jamais bien loin de mon cabot, il a maintenu qu’il lui fallait un collier. Je n’ai pas insisté, les chiens il doit en fréquenter plus que moi lors de sa tournée.

Je n’avais pas la moindre idée de la façon de me procurer un collier pour mon Johnny à part dans la boutique pour toutous de riches du centre-ville. Plusieurs fois je suis allé fouiner des yeux dans la vitrine à la recherche d’un collier à ma portée, financière je veux dire, mais en vain. Un animal, ça ne compte pas dans le calcul des prestations sociales. Pourtant désormais on est deux à se nourrir. Quand y’en a pour un, y’en a pour deux, ce n’est pas toujours vrai, mais je ne me plains pas, je me débrouille.

Je m’étais fait une raison, Johnny ne porterait pas de collier. Pas pour contrarier Pierrot, bien sûr, mais parce que le collier faisait partie des choses, nombreuses, que je n’avais pas les moyens d’obtenir et c’était ainsi.

La dame

Un matin, Pierrot nous a dit qu’il avait parlé de nous à une dame ayant perdu son chien quelques semaines plus tôt. Peut-être qu’elle viendrait nous voir, que ça lui ferait du bien de voir Johnny qui ressemblait vaguement à son toutou. Madame Péraud, elle s’appelle, a-t-il ajouté en partant. Perro, comme le chien en espagnol, tu devrais t’en souvenir. Perro, perro, a-t-il lancé en s’éloignant, en s’appliquant à rouler les r.

Quelques jours plus tard, j’ai vu une femme s’engouffrer dans notre rue. J’ai su que c’était elle à ses yeux qui nous cherchaient dans un regard qui enveloppait toute la rue. Certainement aussi parce qu’elle était comme je me la représentais. La soixantaine passée, bien mise mais sans atours particuliers, une allure, des expressions, aussi difficiles à décrire qu’une odeur délicate, qui suggéraient la femme seule, abandonnée plutôt, veuve de son compagnon.

On s’est souri. Vous êtes Max, n’est-ce pas ? Et ce joli Border Collie est Johnny évidemment.

Mon chien qui jusque-là courait en tous sens dans la rue pour se défouler selon son habitude a tendu les oreilles, comme s’il réagissait à son nom, et s’est approché de la dame pour lui renifler les mollets. J’ai eu l’impression qu’ils se souriaient eux aussi.

Border Collie

On s’est mis à papoter. De fil en aiguille, notre première conversation a duré une plombe et j’étais bien ennuyé de laisser cette dame debout, sans siège à lui offrir, pas même un rebord de fenêtre à sa portée. Je ne pouvais pas plus envisager de l’inviter chez moi. Ça ne se fait pas avec une dame. Et puis franchement ce serait un peu la honte de montrer mon intérieur assez peu reluisant.

Elle s’appelle Dora Péraud et habite à quelques pâtés de maison. J’ai dû la rencontrer plusieurs fois lors de mes errances sans faire attention à elle. Son chien s’appelait Ploum, c’était un Berger australien. Il y a six mois il s’est fait renverser par une voiture, il a fallu l’euthanasier. Elle a du mal à s’en remettre, je la comprends.

Elle s’y connait drôlement en canins. Les Bergers australiens et les Borders Collie se ressemblent, même gabarit, même tête fine. C’est au niveau des oreilles qu’on les distingue, m’a-t-elle expliqué. Je suis ravi de connaitre la race de mon chien. Un Border Collie, ça sonne classe en plus ! Si vous saviez le nombre de fois qu’on m’a interrogé à ce sujet, mais qu’est-ce que j’en savais, moi ? Désormais je serai fier de répondre.

Le collier et la panière

Elle m’a dit aussi qu’elle n’aurait plus jamais d’autre chien, que Ploum était son troisième. Et dernier. Trop douloureux quand ils partent. Qu’elle songeait à donner ses affaires à un refuge canin mais qu’elle les apporterait à Johnny. Un collier en cuir rouge avec sa laisse, une panière en tissu rembourré et une gamelle en inox. Un os à mâcher aussi. Ça lui faisait vraiment plaisir de savoir que Johnny s’en servirait.

On a encore parlé de nos compagnons à pattes et un peu de moi aussi. Elle voulait savoir depuis quand j’habitais là, ce que j’aimais. Pour la première fois depuis bien longtemps j’ai eu l’impression de parler à une amie.

L’amie

Et puis, elle a dit : On papote, on papote, mais j’ai des trucs à faire, moi. Et elle a ri avant d’ajouter : La prochaine fois, on ira boire un verre au troquet de la place, on sera mieux installés. Parce qu’il y aura une prochaine fois, elle l’a promis. Et pas dans mille ans, dans deux ou trois jours, quand elle m’apportera les affaires de son Ploum.

Je ne connais pas grand-chose d’elle. Peut-être que j’oserai lui poser des questions alors. En attendant, je vais réfléchir à tout ce que j’aimerais savoir de ses chiens et d’elle aussi. Mais déjà je sens que mon cœur est devenu encore un peu plus moelleux.

Grâce à Johnny, je ne déambule plus. Je parle aux passants sans les effrayer, c’est même eux qui viennent à nous avec leurs enfants. Et bientôt j’aurai une amie.

Tout ça grâce à mon rockeur.

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Une amie et peut-être pas seulement, c’est ce que vous découvrirez dans la troisième et dernière partie de ce récit. En attendant, patience ! Pour recevoir ces nouvelles ainsi que des confidences sur leur genèse directement dans votre boîte mail, abonnez-vous à ma newsletter.

 

vieux fusils

Les vieux fusils

Donne pétoires

Nous cherchons à nous débarrasser de 3 fusils de chasse, de modèles inconnus, d’années tout aussi inconnues. On sait juste qu’ils étaient en service dans les années 30 au moins et qu’ils n’ont pas tiré depuis 50 ans.

Remise en main propre.

vieux fusilsYeux froncés, Françoise regarde sa mère.

— Non, Maman c’est pas possible. Tu n’envisages pas une seconde de publier une annonce, j’espère !

— Tu me dis qu’on doit s’en débarrasser et je ne connais plus personne qui chasse.

— Les armes, ça ne se donne plus dans un coin de garage comme tu offres des bocaux de pâté et de confiture à celui qui passe te voir. Il faut désormais déclarer les transactions à la gendarmerie et passer par un armurier, je crois. Tu ignores qui pourrait les récupérer ces armes et faire avec des trucs pas réglo réglo. On pourrait se retrouver avec la police sur le dos, t’imagines ? Il faut s’en défaire, mais différemment. Si jamais un voleur entrait chez toi, te les volait et te braquait avec, c’est toi qui serais jugée responsable.

— Crois-tu que j’aurais peur ? Enfin ! Je sais pertinemment qu’elles ne sont pas chargées.

— Mais si le voleur braquait une autre personne que toi, qui succombait d’un arrêt cardiaque de trouille, tu serais en tort.

— Avant qu’il les trouve les fusils, là où ils sont planqués…

— Mam, arrête de finasser, il faut qu’on s’en débarrasse, ça fait trente ans que ça aurait dû être fait ! T’as un permis de détention d’arme ? Non. Et moi non plus.

— Je tirais bien autrefois.

— Maman, c’est pas la question. Depuis que ton père est décédé, que plus personne ne chasse dans la famille, on n’a pas à avoir ces armes à la maison. C’est tout.

— On a qu’à les enterrer.

— Tu rigoles ?

— C’est le plus simple. Sous l’étendoir à linge. Personne n’aura l’idée d’aller planter quoi que ce soit à cet endroit. Il faut pas un grand trou, y’a qu’à mesurer le plus long fusil. Un peu profond quand même pour pas qu’ils ressortent un jour.

— Maman, tu me vois aller creuser à la tombée de la nuit ?

— Je t’aiderai. Avant on ira prendre un sac de gravier dans la réserve des services municipaux, dans la combe il n’y a jamais personne, pour refaire le parterre après avoir rebouché le trou.

— Tu veux que j’aille voler des graviers ? Je rêve. Et pour creuser, tu as quatre-vingt dix ans et moi près de soixante, tu crois une seconde qu’on peut y arriver à planter une pelle dans une terre tassée depuis des décennies et couverte de graviers ?

— Avec un peu de bonne volonté…

— Même avec beaucoup de bonne volonté, j’en doute !

—  Alors y’a qu’à les jeter dans la rivière.

— Mais on va nous voir ! Et si quelqu’un appelle la police on aura l’air fin.

— On peut y aller la nuit. On s’habillera en noir. Tu demanderas à Hadrien de nous prêter des sweats à capuche.

— Maman ! Je refuse catégoriquement que mon fils ait quoi que ce soit à voir avec cette affaire et je n’ai aucune envie de jouer les Bonnie and Clyde avec toi. Et puis bravo, l’écologie c’est pas ton truc, on va aller polluer la rivière ! T’es irresponsable !

— Et si on fabriquait une sculpture avec ? Un truc à la César.

— Pour la placer où, dans le jardin ? Sous l’étendoir à linge, en mémoire du trou qu’on n’aura pas creusé ? Ou mieux, sous le cerisier, pour faire fuir les merles ?

— Tu vois que c’est une bonne idée !

— Maman ! Tu délires.

— Alors qu’est-ce que tu proposes ?

— J’ai déjà appelé l’armurier, on va passer chez lui pour qu’il expertise les armes et si, comme on s’y attend, elles ne valent pas un clou, on ira les déposer à la gendarmerie.

— On va aller chez les gendarmes ? Mais on n’a rien fait de mal !

— Non pas encore ! Mais c’est pas grâce à toi.

Françoise s’est levée. Sa mère perçoit à une hésitation quelle voudrait ajouter quelque chose à son attention mais s’en garde. Certainement un cri de colère ou d’exaspération.

— J’adore te taquiner ! lui dit-elle avec un doux sourire. Tu pars au quart de tour.

— Tu n’as jamais imaginé toutes ces idioties ?

Le ton reste dur.

— Je voulais juste te faire marcher, assure la mère.

Françoise sourit, rassurée.

— Idiote, tu m’as bien eue ! Mais je préfère. On ira chez l’armurier demain, dit-elle en s’éloignant.

— Pas la peine, intervient la mère. Les fusils, je m’en suis déjà débarrassée. Ce matin, quand tu es allée chercher mes médicaments à la pharmacie, je les ai jetés dans la fosse septique des voisins. Elle était ouverte, j’en ai profité.

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*Image empruntée au site Chassons.com

l'homme et le chien

Max et Johnny

Mon chien, c’est ma vie ! Il s’appelle Johnny. Plutôt comme Depp qu’Halliday.

C’est moi qui l’ai choisi ce nom, parce qu’il a le dessous des yeux noirci comme Jack Sparrow. C’est ses yeux que j’ai vus en premier, des yeux qui disaient « je vais t’en faire voir de toutes les couleurs, mais on deviendra inséparables ! » Il n’arrêtait pas de bouger la queue, de renifler, de secouer la tête, de marcher… Toujours en mouvement, comme un rockeur ! Alors Johnny, Halliday ou Depp, ça lui va bien, même si je préfère l’allusion à Depp, pour ses yeux, je me répète.

Et c’est pour ça que je l’ai adopté, pour qu’il mette du rythme dans ma vie.

La rencontre

Au petit matin, un jour de janvier, je l’ai aperçu dans ma rue. Jeune encore mais déjà les yeux charbonneux et animé d’une agitation permanente. Je lui ai demandé ce qu’il fichait là, il m’a ignoré.

Quelques jours plus tard, j’ai à nouveau croisé son regard. Toujours fier, un brin rebelle. Mais il m’a semblé plus maigre. Ça lui allait bien d’ailleurs. Son côté rock sans doute.

Et puis un troisième jour. Encore plus maigre, et blessé à la patte. Et là, ça ne lui allait plus du tout.

Je me suis approché et il m’a laissé lui flatter l’encolure. Un geste que je n’aurais jamais tenté si je n’avais senti dans son attitude comme une invitation à le secourir. Tout en le caressant, j’ai examiné sa blessure qui ne semblait pas bien profonde.

À son léger halètement, je percevais son trouble. Je n’ai pas insisté, me contentant de lui parler. Ça va aller, le chien, si tu veux bien je vais te soigner. Il a tourné le museau vers moi comme s’il me donnait son accord.

Alors je l’ai imploré de m’attendre, le temps de foncer chez moi. J’ai ouvert le frigo à la va-vite, il était quasiment vide comme à son habitude. Le placard à victuailles aussi, mais par chance, j’avais gardé intacte la boîte de pâté truffé offerte par le centre social de la mairie au moment des fêtes de fin d’année. Du pâté, un bocal de coq au vin, des pâtes multicolores enroulées sur elles-mêmes, une boîte de haricots verts en fagots, une demi-bouteille de mousseux, un ballotin de truffes au chocolat, tout ça dans un petit panier que j’ai conservé pour mettre les pommes. Celles que je récupère à la fin du marché, à peine amochées.

J’ai entamé les pâtes dès le lendemain de Noël pour continuer sur la lancée de la veille où j’avais profité du repas festif organisé par la Croix-Rouge. Pour me sentir heureux. Parce qu’avec un peu de beurre et de fromage râpé gonflé à l’amidon, manger des pâtes escargots de toutes les couleurs, c’est comme manger des macaronis premier prix, le goût est le même, mais admirer son assiette, contempler chaque fourchette garnie, c’est se sentir privilégié. Riche, presque. Même si ça ne dure que le temps d’un repas, c’est magique.

J’ai attrapé la boîte de pâté, une fourchette et deux bols. J’en ai rempli un d’eau fraîche et j’ai refoncé dans l’autre sens aussi vite que je pouvais sans renverser le liquide. Le chien se trouvait toujours dans la rue, pas tout à fait là où je l’avais laissé mais pas très loin. Je l’ai appelé. Hé le chien, si tu viens, je te donne du pâté, du pâté truffé en plus. Mais si tu ne veux pas venir, dis-le tout de suite que je ne gaspille pas mon cadeau de Noël.

Il a tourné les yeux vers moi – Ah ces yeux ! Je sais maintenant pourquoi Depp se maquille, pour faire fondre les gonzesses. Et les autres aussi, comme moi, qui ne sont pas des gonzesses mais pareils qu’elles, souvent les larmes au bord des yeux. On s’est regardé et il est arrivé. Lentement cette fois, avec une crainte qui ralentissait ses mouvements. Il n’avait plus rien de rock and roll mon pirate des caraïbes.

J’ai déposé le bol d’eau sur le trottoir. C’est pour toi !  Mais il l’a ignoré. J’ai ouvert la boîte de pâté, déposé une bouchée dans le second bol et le lui ai tendu. Ça aussi c’est pour toi ! Il a tordu le cou, regardé autour de lui, j’ai posé le bol au sol. Il a observé à nouveau les lieux, à droite, à gauche, et s’est avancé pour plonger le museau dans la pitance. Je l’ai trouvé plutôt malin.

Le pâté lui a plu, les microscopiques morceaux de truffe je ne sais pas, ils ont été engloutis avec le reste, en une seconde chrono. J’ai saisi d’un coup de fourchette tout ce qui restait dans la boîte et l’ai déposé dans le bol, d’un bloc. Le chien s’était à peine reculé. Déjà il avait confiance.

C’est là, en le regardant dévorer, que je lui ai donné, pour de bon, le nom de Johnny, celui qui m’était venu à l’esprit en croisant son regard, et qui là prenait tout son sens. En mastiquant, il bougeait de tout son être, c’était comme s’il dansait en se déhanchant. J’ai eu le pressentiment qu’on n’allait plus se quitter et qu’il allait changer ma vie, et je ne me suis pas trompé.

J’ai regardé Johnny se lécher les babines. Un peu comme moi quand je termine une Danette au chocolat, en léchant les bords à l’intérieur du pot après avoir raclé le fond avec l’index pour ne pas en laisser une trace. C’était bon mais… vous pourriez pas m’en mettre un petit peu plus ? comme vantait la pub à la télé autrefois.

Va falloir attendre mon Johnny ! je lui ai dit. C’est ce que nous avons fait, après que j’ai posé les bols et la boîte vides ainsi que la fourchette sur un rebord de fenêtre, en flânant tous les deux le temps que la vie s’installe dans la ville. La déambulation, j’en ai l’habitude. Je m’y adonne tous les jours levants, souvent l’après-midi et systématiquement le soir. Il faut bien que je m’occupe et sorte de mon vingt-mètres-carrés tout au plus, je ne l’ai jamais mesuré.

Déambuler, j’ai toujours trouvé le terme approprié à mes errements. Le préfixe dé- (ou dés-) signale d’emblée un problème. Dérangé, déviant, déstabilisé, désacclimaté, désespéré, désaccordé, désaccouplé, désadapté, désaffecté, désagrégé, désaimé, décimé, désynchronisé, déséquilibré… je déambule quotidiennement parce que je suis un peu tout ça.

Ensemble dans la rue

La première personne que nous avons croisée, le chien et moi lors de notre première déambulation commune, c’est Pierrot, qui travaille à la Poste. Je ne sais pas trop ce qu’il y fait mais c’est à six heures vingt tapantes qu’il sort de chez lui. Il doit embaucher à six heures trente. Comme tous les jours, il m’a lancé un Salut, Max ! Bonne journée ! accompagné d’un sourire et d’un signe de la main. Parfois il prend le temps d’échanger quelques mots supplémentaires. Pas ce matin.

Et puis, a déboulé le jeune du cinquième. Celui qui descend les escaliers deux par deux, déplie sa trottinette juste devant la porte, grimpe dessus et s’éloigne en moins de temps qu’il ne faut pour prononcer le moindre mot, pas même un bonjour. Un jeune quoi, ni ponctuel ni poli, mais toujours pressé. Moi aussi j’ai été jeune.

À six heures quarante, c’est Les Chéris qui sont passés. Je les appelle ainsi parce qu’ils roucoulent des chéri par-ci, des chérie par-là à ne plus pouvoir les compter. Des amoureux, toujours main dans la main. Peut-être travaillent-ils ensemble, peut-être même se sont-ils rencontrés sur leur lieu de travail, je n’en sais rien, tout comme j’ignore leur lieu de résidence, à quelques dizaines de mètres de chez moi ou bien des rues plus loin. Je sais juste que tous les matins, sauf le week-end, ils empruntent ma rue, collés l’un à l’autre, elle à droite, lui à gauche, à cette heure matinale, toujours la même.

Vers sept heures, la rue s’agite pour de bon. À huit heures, elle grouille. À huit heures trente, le Franprix ouvre.

À huit heures vingt-neuf, je me suis posté devant. Deux clients attendaient déjà. Je les sentais fébriles, impatients d’effectuer leur achat et de s’en aller. Certainement étaient-ils attendus au travail. En temps normal, j’aurais suivi l’un d’eux dans les allées, pour découvrir ce qui justifiait à ses yeux son attente devant le magasin par un matin d’hiver. Mais le jour n’était pas normal, un chien efflanqué et blessé m’attendait.

Je l’avais laissé dans la rue en lui ordonnant de m’attendre. J’aurais aimé qu’il me suive mais il en avait décidé autrement. Tout juste m’avait-il regardé m’éloigner et disparaitre au coin de la rue. Je l’avais observé, caché derrière la façade de l’angle, craignant qu’il profite de mon absence pour s’enfuir. Mais il continuait à errer tranquillement, comme s’il avait compris mon injonction. Alors je  m’étais éloigné un peu plus rassuré.

La pâtée

Dès le déverrouillage de la porte de verre, je me glissai dans le magasin et optai sans trop réfléchir pour de la pâtée pour chien au bœuf, sans truffe mais avec des morceaux. Je ne dis pas que j’en salivais d’avance, je préférais le coq au vin gélatineux en bocal, mais pour un chien affamé, elle me semblait appropriée. Et pas trop chère.

À la caisse, l’un des hommes qui trépignaient devant la supérette me força à piaffer à mon tour. Pièce par pièce, il comptait la monnaie cherchant l’appoint. Quatre-vingts. Quatre-vingt-dix. Un euro. Deux canettes de bière, voilà l’urgence du matin pour cet homme. La mienne, c’était un chien avec des coquards sous les yeux.

Un euro quinze. Un euro vingt-cinq. Sous un masque stoïque, je sentais monter l’exaspération de la caissière. Et la mienne à l’unisson. Mon chien allait me lâcher.

Un euro quarante. Un euro soixante-cinq. Plus que dix centimes ! clama la caissière. Je repris confiance. L’homme eut à peine le temps de saisir son ticket de caisse, j’avais pris sa place et remettais l’appoint dans la main de la caissière. Parfait, me dit-elle après y avoir jeté un coup d’œil. Je la sentis reconnaissante. Je m’extrayais du magasin avec une ardeur qui laissa sur place mon tortionnaire, vérifiant son ticket de caisse. Il ne devait pas souvent remplir de caddie.

Je fis le tour du pâté de maison (encore du pâté !) au pas de course, le cœur battant non pas du fait de ma performance sportive mais à la crainte du départ de Johnny. L’accident cardiaque me fut évité, le chien guettait juste après le premier virage. Attendait-il son repas ou son nouveau maître ? Je m’épargnais le risque d’une déception, viens, lui dis-je, regarde ce que je t’ai acheté, en lui montrant la pâtée.

Compagnons

Johnny m’emboîta le pas. Je pris au passage tout le petit bazar que j’avais laissé sur le rebord de la fenêtre et grimpais chez moi, le chien sur mes talons.

Je l’ai nourri. Je l’ai soigné. Depuis nous cohabitons.

Depuis, je ne déambule plus, je sors mon chien.

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Image Pixabay

Le pot de pièces

La conjonction de situations, de présences, de petites idées, de rencontres débouche parfois sur une idée majeure. Il peut s’agir d’une forme d’art ou d’une tournure d’esprit.

Souvent j’ai cette pensée qu’il ne faudrait pas grand-chose pour que du fouillis, de l’ignorance, du gâchis sorte un trésor. Juste une étincelle.

Je possédais un lot de vieilles pièces de monnaie dont je ne savais que faire depuis des années sans parvenir à m’en séparer. Jusqu’à ce que l’étincelle attendue jaillisse.

En observant le vase que je venais d’habiller d’une mosaïque de ces pièces, j’ai imaginé cette fable.

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Il était une fois une salle de bain qui sifflotait de bonheur tandis que Luigi, un jeune ouvrier, posait sur ses murs de nouveaux carreaux de faïence bleu-vert. Bleu paon plus précisément. Sa huppe royale, sa longue traine comme celle de la plus belle des mariées, son plumage aux nuances éclatantes, elle aimait tout chez ce volatile. Revêtir sa couleur serait sa façon à elle de faire la roue, d’arborer son air majestueux.

Elle rêvait depuis si longtemps de cette nouvelle jeunesse. Elle se voyait belle, belle, belle… Quand le miroir serait suspendu au-dessus du lavabo, elle pourrait s’admirer.

Elle sifflotait plus que jamais sous les caresses de Luigi lissant de l’index le joint entre ses carreaux. Un délice.

Dans la chambre d’à-côté, ça grognait. Ce débord de joie était indécent. La bonbonnière remplit de pièces de monnaie oubliées s’agitait sous le mécontentement de ses occupantes. Les petits soins, c’était toujours pour les autres. À peine, étaient-elles dépoussiérées tous les trente-six du mois par le couple qui habitait les lieux. De temps à autre, une pièce rejoignait le pot. Sur le moment, ça créait un peu de distraction. On faisait connaissance, mais très vite la léthargie saisissait à nouveau toute la colonie. Les vieilles pièces en centimes de francs, percluses d’arthrose, retrouvées au fond d’une vieille boîte ressortie du grenier n’avaient pas grand-chose à raconter. De la vie d’aujourd’hui, elles ne savaient rien. Le passé, elles en avaient par-dessus la tête.

Les plus jeunes, qui provenaient tout droit de pays étrangers, arrivaient souvent en groupe en une avalanche. Elles créaient du désordre, se montraient pétulantes et particulièrement bavardes les premiers jours. Mais peinant à se faire comprendre des autres, elles se lassaient à leur tour.

Recluses dans leur pot, nostalgiques des porte-monnaie et des tiroirs-caisses, elles se morfondaient de concert dans cette petite chambre qui ne servait guère que de débarras. Elles s’y étaient résolues. Mais quand la pièce voisine se mit à jouer la trublionne, l’une des nouvelles arrivées explosa. Qu’est-ce qui la rend si heureuse, celle-là ?

Une autre s’aventura. J’aimerais bien avoir envie de chanter moi aussi.

C’était trop !  

Les plus grosses allièrent leur voix. Hé voisine, tu en fais du bruit !

La salle de bain s’étonna. Qui lui parlait ainsi ?

C’est ainsi qu’un échange s’établit entre la bonbonnière et elle. Voisines depuis des années, elles ignoraient chacune l’existence de l’autre, tout à leur nombril.

Les piécettes se plaignirent de leur situation. Entassées, délaissées, confinées, c’était pas une vie ça !

Pourquoi vous ne disiez rien jusque-là ? s’étonna la salle de bain.

Parce qu’on ne savait pas qu’on pouvait être heureux dans cette maison, pardi !

La salle de bain n’avait pas pensé à ça, elle qui bénéficiait de son petit lot de distractions quotidiennes. Elle était défraichie, fatiguée mais considérée.

L’oubli, c’était terrible. Pourvu qu’elle n’y tombât jamais.

Elle pensa au vase qui végétait depuis des années dans un placard juste à côté, et qu’elle n’entendait même plus geindre. Un temps il avait accueilli des brosses à cheveux mais, très vite tombé en désuétude, il avait été relégué au fond d’un placard. Il était arrivé de Chine dans une valise, un achat impétueux de Céline et Maxou, le jeune couple habitant les lieux. Il avait fait son petit effet avec sa laque rouge aux motifs dorés, mais n’avait pas tardé à déplaire avant même d’apprendre notre langue. La salle de bain avait bien tenté de communiquer quelque temps avec lui à travers la cloison mais comme il ne faisait pas beaucoup d’efforts pour se faire comprendre, elle s’était recentrée sur elle-même.

Hé les filles, y’a des Chinoises parmi vous ?

Je suis la seule, répondit une toute petite voix dans un très bon français.

Il y a un vase en bois laqué, dans le placard de la chambre. Je l’entendais grogner à travers la cloison, je ne l’entends plus. Pourrais-tu l’appeler en mandarin ? Il n’y a plus qu’entendre sa langue natale qui pourra le réveiller.

La piécette de deux cents de yuan hurla à l’attention du vase qui ne l’entendit pas. Sa voix ne portait guère.

Elle recommença. En vain.

Et encore. Jusqu’à ce qu’un shilling vienne à sa rescousse.

Répétons ce que dit Deux cents de yuan tous ensemble et en hurlant, proposa-t-il.

Les pièces s’époumonèrent d’un seul élan vocal et le vase sortit de sa torpeur.

Qu’est-ce qu’il se passe ? bégaya-t-il d’une voix endormie.

Deux cents de yuan traduisit sa question puis souffla au groupe une réponse qui fut criée vers le vieux contenant. La salle de bain n’en perdait pas un mot.

Une conversation s’établit ainsi à travers la cloison entre le vase, les pièces de monnaie et la salle de bain.

Mais très vite la salle de bain eut envie de voir ses nouveaux amis.

Elle se tortura le ciboulot.

Enfin, un matin, après une nuit blanche, elle appela ses copains, rayonnante.

Coucou, les potes ! J’ai une idée !

La monnaie et le vase, après un bref sursaut de joie, se mirent à douter. Quelle était cette idée géniale ?

Quand la salle de bain leur expliqua son plan, ils rigolèrent.

Impossible !

La salle de bain bouda. Elle le trouvait génial son plan, elle. Indéniablement complexe à mettre en œuvre, mais génial.

Impossible ? Elle n’aurait jamais osé revêtir un habit de paon et pourtant son rêve était en train de se réaliser. Pourquoi pas son plan aussi ?

Elle redressa la tête et se mit à regarder Luigi de ses grands yeux de biche blessée. Il était temps, les travaux se terminaient, elle n’allait plus le voir.

La comprit-il ? Elle ne le sut jamais mais, en rangeant tout son fatras de carreleur, il oublia le restant du sachet de poudre à joint bleu paon.

Quand Maxou le trouva après le départ de Luigi, ne se résolvant pas à le jeter, il le déposa sur la commode de la chambre voisine. Il adorait ce bleu-vert profond qui lui rappelait les reflets de l’étang de ses parents.

Quel bazar cette chambre ! dit-il à Céline. On va bientôt en avoir besoin, ajouta-t-il amoureusement, il faudrait qu’on la débarrasse.

Le week-end suivant, le couple se mit à l’ouvrage. Céline plongea la main dans le tas de pièces de monnaie. Elle aimait les soupeser et les faire sonner. Tant de voyages aux doux souvenirs. Tout un passé de petits et grands bonheurs.

Dans le placard, elle retrouva le vase qui lui rappela leur voyage de noces. De lui également elle rechignait à se défaire. Elle aimait les objets, Céline, elle était ainsi. Pas pour leur valeur marchande, mais pour ce qu’ils lui disaient sur elle et sur ses proches, sur ses ancêtres aussi parfois. Quand elle prêtait l’oreille, elle les entendait lui parler. 

Elle ne sut pas répéter à Maxou ce qu’elle entendit d’eux ce samedi-là en rangeant la chambrette, les propos restaient confus. Mais le dimanche soir, quand ils se reposèrent enfin sur le canapé elle posa sa tête sur l’épaule de son mari et lui proposa de revêtir leur vase chinois d’une mosaïque de pièces. Comme ça, ils continueraient d’en profiter, et des pièces et du vase. Et ça tombait bien, il restait du joint bleu paon qui irait à merveille avec les tons argentés et dorés de la monnaie.

On le mettra où ? demanda Maxou.

Céline hésita. Dans la chambre du bébé ?

Mais une évidence jaillit. Dans la salle de bain !

C’était précisément là qu’il fallait le poser, dans la salle-de-bain, en un rappel de bleu et face au miroir pour que les éclats métalliques des pièces de monnaie rayonnent dans cette petite pièce comme sur la surface de l’étang des parents de Maxou. Au bord duquel il lui avait proposé de l’épouser et où ils emmèneraient leur enfant.

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J’aime donner une âme aux objets. Dans Lignes et lames, l’une des nouvelles de Point à la ligne, c’est le couteau fétiche de l’héroïne qui en est le narrateur. Une façon d’entrer sans voyeurisme dans l’intimité de cette femme trompée. Si vous n’êtes pas encore inscrit.e à ma newsletter, ne tardez pas et vous obtiendrez ce récit en cadeau de bienvenue dans le cercle de mes lecteurs privilégiés.

 

Jeune fille en pleurs

La jeune fille triste

Elle est assise sur le rebord de ciment devant la porte du garage. Je l’observe depuis ma fenêtre.

J’ai l’habitude de regarder les jeunes se rassembler à cet endroit, abrités des regards (sauf du mien qu’ils ne soupçonnent pas), pour fumer, téléphoner, s’amuser, bavarder, déjeuner, attendre le cours suivant. Des jeunes du lycée voisin ou de l’école de danse à une encablure de là.
D’ordinaire ils évoluent en grappe, c’est pour cela que je l’ai remarquée, elle. Seule. Sans téléphone, sans livre ni sandwich. Juste elle et ses pensées.

Un rictus. Un mouvement de la tête. Je n’ai entendu ni aperçu le sanglot et le nez qui renifle mais ils y étaient, j’en suis certaine.
Elle a relâché le  cou comme si le fil invisible qui tenait droit son buste venait de rompre. J’ai craint un instant que le poids de sa tête entraîne tout son corps avec elle, qu’elle s’enroule comme une feuille brûlée par le soleil. Il n’en est rien.

Elle ferme les yeux, prend une longue inspiration. Alors je vois une larme rouler sur sa joue. Tout son visage se crispe. Et d’autres larmes suivent qu’elle essuie d’un revers de manche.

Quel malheur la frappe ?

Impossible à imaginer tant il y en a d’envisageables, de ces pépins qui s’abattent sur chaque vie. Certains tuent, d’autres assomment ou juste affaiblissent. On s’en remet plus ou moins bien, plus ou moins vite. Parfois on en évite un, on se dit qu’on a de la chance, ou l’on trouve ça normal, mais un autre arrivera inévitablement. La vie est ainsi, constituée de dépressions et de sommets, elle est rarement un plat pays.

Qu’est-ce qui peut bien bouleverser cette jeune fille ?

Des amours impossibles, une amitié bafouée, un avenir compromis, un deuil récent… J’abandonne ma fenêtre, impuissante et troublée.

Et quand je reviens, quelques minutes plus tard, elle n’est plus là. Partie dans sa tristesse vers un bonheur à venir.

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Le hall de la gare d'Austerlitz

L’homme de la gare

Lieux de retrouvailles, de départ, de passage, de rencontre, d’errance, aussi humaines qu’inhumaines, parfois apaisantes, souvent angoissantes, les gares me fascinent. Tout le monde s’y croise — cadres sup, étudiants, familles, SDF — les regards se cherchent ou plus souvent s’évitent.

Je prends souvent le train Gare d’Austerlitz pour me rendre à Cahors, toujours le même, celui de 6h et quelque.

Il me faut une vraie bonne raison de le prendre ce train – rendre visite à ma mère – pour endurer ce parcours matinal. Lever peu après 5h, quelques stations de RER ou de métro jusqu’à la gare de Lyon, traversée à pied du pont Charles de Gaulles en trainant ma petite valise à roulettes.

C’est certainement le moment que je préfère, ma récompense, découvrir Paris depuis la Seine au petit matin, avec ses péniches amarrées, ses lumières ou le jour naissant selon la saison. Sous la pluie, le vent, la neige ou dans la douceur estivale, c’est toujours un régal.

Au bout du pont, la gare d’Austerlitz, enfin.

Quand j’ai le temps, comme lors de mon dernier voyage, je m’arrête acheter de quoi me restaurer au premier kiosque déjà ouvert. C’est là que j’ai aperçu un homme, agacé, agité, allant de personne en personne en tenant haut un billet à la main. Il s’est approché du stand de viennoiseries pendant que la vendeuse me servait.

Dans le train, j’en ai écrit cette histoire et mon trajet a pris fin sans que j’aie vu le temps passer.   

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L’homme de la gare

6h du matin, la Gare d’Austerlitz parait agitée, comme si elle n’avait pas fermé l’œil.

Tandis que je règle mon pain au chocolat, un homme s’approche des deux jeunes clientes qui m’ont précédée en agitant un billet de cinquante euros. Elles secouent la tête, lui suggèrent de s’adresser à la caissière de la petite boutique. Il cherche son attention, son billet bien en vue, sans rien en attendre, cela se voit, peut-être a-t-il déjà tenté sa chance auprès d’elle. Elle lui lance un regard mauvais, un geste à peine esquissé comme s’il s’agissait de chasser une mouche qui se serait déjà envolée. Peut-être redoute-t-elle tout simplement qu’il effraie ses clients. Il maugrée.

Billet, distributeur, c’est tout ce que je comprends. L’Africain, d’origine du moins, parle mal le français. Je l’appelle, Monsieur, de quoi avez-vous besoin ? Il se tourne vers moi, son papier-monnaie orange toujours au bout des doigts. Je le sens fébrile et ne suis pas franchement rassurée. Je n’aime pas les gares, je m’y sens perdue, j’ai peur des gens que j’y croise comme s’ils n’étaient pas de mon monde.

L’homme ne me répond pas ou je ne m’en souviens plus. Je lui dis, je vais regarder, je ne vous garantis rien, et ressors mon porte-monnaie de mon sac avec précaution, en m’y agrippant. J’ai retiré la veille cent euros en petites coupures à la banque, j’ai ce qu’il faut, je le sais. Viennoiserie dans la main gauche, porte-monnaie dans la droite, je peine à en extraire deux billets de vingt euros et un de dix sous le regard tourmenté de l’homme. Il s’en empare tout en me remettant son dû. En sentant contre la pulpe de mes doigts la raideur d’un papier neuf, l’idée d’un faux billet m’effleure. Je suis en train de me faire arnaquer, c’est la police que l’homme craint. 

Il s’est déjà éloigné de quelques mètres, j’ignore s’il m’a même remercié, agitant le billet de dix euros sous le nez du marchand de macarons. Qui lui aussi le rabroue. Il se retourne, les épaules basses, vers la grande salle à la recherche d’un soutien, de quelqu’un à qui s’adresser, tout en tenant bien en évidence sa petite fortune. Je le trouve bien imprudent. J’ai repris mon chemin vers la voie, nos regards se croisent. Le sien est triste. Il réfrène un mouvement vers moi en me reconnaissant, j’ai envie d’aller vers lui à nouveau, de lui demander de combien de monnaie il aurait besoin, mais je l’ai déjà dépassé et ne me retourne pas.

Quelques mètres plus loin, à l’abri d’un recoin, j’ouvre mon porte-monnaie pour vérifier le billet qu’il m’a donné. Avers, revers. Je n’y connais pas grand-chose mais il semble authentique.

En montant dans le train, un regret me saisit, celui de ne pas avoir pris plus de temps avec cet homme. La peur, communicative, m’a encore trompée. Je suis idiote.

Idiote ou toujours aussi naïve. Je saurai lors d’un prochain achat si le billet est officiel, mais les motivations de l’homme je ne les connaitrai jamais. 

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montage meuble

La commode en kit


Monter un meuble en kit, on en a tous fait l’expérience, c’est galère ! Et ce n’est pas Gad Elmaleh qui nous dira le contraire. On a tous ri devant son sketch IKEA parce qu’évidemment on s’y reconnait. “Tu la connais cette pièce qui te reste à la fin ?”. On les connait bien en effet ces pièces qu’on garde précieusement pour ne rien en faire. 😂

Durant les confinements successifs, comme vous certainement, j’ai rangé, réparé, remplacé, j’en ai parlé, mais aussi acheté un meuble destiné à améliorer les conditions de télétravail. Les difficultés de montage, et pourtant il ne venait pas d’Ikea, et la promiscuité familiale m’ont inspiré cette histoire. 

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La commode

On l’a choisi ensemble cette armoire et enfin elle est là ! Enfin, c’est plutôt moi qui ai passé des heures sur Internet à chercher le meuble qui convient. Ni trop grand ni trop petit, assez profond mais pas trop, blanc comme les autres meubles de la pièce, de bonne facture à ce qu’il parait, fabriqué en UE, ça on y tient tous – je veux dire mon mari aussi –, et pas trop cher. Bref la perle rare !

— Chéri, elle t’irait celle-là ? Tu pourrais y ranger toutes les affaires que tu as rapportées pour télétravailler, hein ?
Coup
d’œil du chéri qui regarde un match de foot.
— Blanc, t’es sûre ? 
— Ben
 oui, comme le bureau.
— D’accord alors.

Pas embêtant le mari. Un clic pour mettre l’article dans le panier. Y’a plus qu’à dégainer la carte bleue, passer les deux barrières de sécurité de la banque – où c’est que j’ai mis mon mobile, m… pour récupérer le code ? – et attendre que la merveille arrive. Soulagement. Une bonne chose de faite.

Avoir choisi c’est le premier pas, un pas capital qui amorce le processus. On va enfin pouvoir remplacer l’immonde commode offerte par tante Louise il y a plus de vingt ans, déjà bancale à l’époque c’est dire, ne plus devoir recoller régulièrement les fonds de tiroirs qui s’affaissent et ne plus avoir tout simplement cette horreur dans son champ de vision ! Elle a bien servie, nous a rendu service quand on était fauchés, mais il est temps de passer à un meuble fonctionnel et moderne. Dans quelques jours une petite armoire aussi neuve qu’immaculée viendra la remplacer.

Que faire de la commode ? Essaie de la donner via l’un de tes sites, propose Chéri. Par l’un de tes sites, il veut parler de Freecycle, de Geev et d’un groupe Facebook dédié aux dons dans notre ville. Il en sait quelque chose, je le mets parfois à contribution pour aller remettre un objet ou en récupérer un.

— Va devant le café de la place à 11h, le gars s’appelle Ludovic et il portera une parka jaune. Je l’ai prévenu que c’est toi qui viendras au rendez-vous.
— Et je fais quoi ?
— Tu lui dis bonjour, tu lui fais un sourire, tu lui remets le sac et tu lui dis au revoir. C’est dans tes cordes ?
— C’est malin !

Pour ne pas prendre le risque d’être encombré par le vieux meuble trop longtemps, pour laisser place à des travaux de peinture dans un mois, commandé avec l’accord de Chéri évidemment, je prends rendez-vous en ligne avec le service des encombrants. J’en étais sûre, trois semaines de délai !

— Qu’est-ce qui est sûr ? demande Chéri.
— Ça va aller, je réponds. Les encombrants emporteront la commode juste avant l’arrivée du peintre si je n’ai pas trouvé à la donner rapidement. Et si je trouve preneur, je décommanderai le service.
— Ce serait mieux de la donner, dit Chéri, que de le jeter.

Une semaine plus tard, le livreur sonne.

— Troisième étage ! je clame dans l’interphone.
— Vous pouvez pas descendre ? il répond. Je ne monte pas les paquets à l’étage et si vous pouvez vous faire aider, ce serait mieux, y’a deux paquets très lourds.

Chéri est au bureau, je n’ai aucun être vivant sous la main, pas même pas un poisson rouge. Peut-être un voisin qui aura la bonne idée de se pointer dans le hall à cet instant là justement…

Les deux colis sont aussi énormes que lourds ! Le livreur consent à les tracter jusqu’au hall de l’immeuble plutôt que de les abandonner sur le trottoir, c’est déjà ça. Un coup d’œil à leur intégrité, pas de pet semble-t-il. Je signe le bon de livraison et respire un grand coup. Allez ma vieille un peu de punch ! Evidemment pas un voisin ne songe à prendre l’air à ce moment là…

L’un après l’autre je pousse les deux pachydermes jusqu’à l’ascenseur, les ressors sur le palier et les pousse à nouveau jusqu’à notre appartement. Au niveau de la barre de seuil, ça bloque comme toujours. Il faut faire contre poids pour la passer, j’ai l’habitude.

— C’est quoi ces cartons ? s’étonne Chéri en découvrant les deux mastodontes à son retour du boulot. Ah oui ! Tu l’as commandée alors.
— C’est bien ce qu’on avait décidé, non ? Y’a plus qu’à la monter.

Trois jours à me narguer, les deux baleines. Le dimanche, en début d’après-midi, je me décide. Allez courage !

Surprise en ouvrant le plus gros carton, des pièces, des pièces et encore des pièces ! My God, un puzzle de 1000 pièces en 3D. Un coup d’œil à la commande – quatre tiroirs et deux portes, rien que de plus normal – et un autre à la notice : dix-huit pages de schémas ésotériques. Aïe, aïe, aïe.

Je bavais, petite, devant les Mécano (réservés à l’époque aux garçons), il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves.

Un peu de méthode, que diable ! Je dispose au fur et à mesure du déballage, les petites pièces sur un plateau, les grosses en métal dans un coin et les planches dans un autre. Mince, l’une des planches est abîmée. Deux grosses écailles de bois viennent enlaidir la surface blanche. Nouvel appel à la notice. Il doit s’agir du plateau supérieur. Pas de chance.

Vérification du second colis. Il s’agit des portes vitrées. De ce côté-là, tout va bien.

— Chéri, qu’est-ce que tu en penses, on tente le coup, ça se verra peut-être pas, ou je le signale ?
— On le signale. Si on peut se faire rembourser, c’est mieux.
— Et après ?
— Après… tant pis. T’as vu tout ce bazar ? Tu peux pas me demander de monter ce truc-là.
— Je ne t’ai jamais rien demandé de tel. Au mieux, tu m’aides, comme tu dis.

Il abuse le Chéri ! Je fais la tête mais il ne s’en rend même pas compte, perdu qu’il est dans ses tableaux Excel.

Le lendemain matin, j’inspire un bon coup en saisissant mon téléphone. Depuis dix minutes, j’agite mes neurones en tentant de faire remonter à la surface quelques bribes d’allemand.

— Hallo, ich habe meine Bestellung erhalten, aber…
— Que puis-je faire pour vous ?

À peine l’ombre d’un accent germanique. Réponse en deux secondes chrono dans un français quasi-parfait. Stupéfiants ces Allemands !

Ils me renvoient la pièce défectueuse. Une heure à remettre toutes les pièces dans le carton, un vrai jeu de Tétris ! Voilà pourquoi il pèse une tonne le colis, il n’y a pas un centimètre cube d’air à l’intérieur !

Deux jours plus tard, le livreur (le même) sonne.

— Vous pouvez descendre ? C’est un peu lourd.
— Comment ça lourd ? C’est juste une planche.
— Non, c’est un gros colis.

Un gros colis en effet, exactement le même que le précédent, le plus lourd. Tout aussi difficile à pousser jusqu’à l’ascenseur. Pas très écolos les teutons !

Tout le restant de la semaine, je lorgne vers les cartons. Cette fois-ci pas d’échappatoire.

— Tu t’es pas fait rembourser finalement ? tente Chéri.
— Ben non, on la veut cette armoire ou on la veut pas ?

Dimanche matin. Certains se poussent du col pour faire du sport, d’autres pour aller chez la vieille tante et moi pour monter un meuble. Chéri ne peut pas m’aider, il a des dossiers en retard.

Rebelote. La quincaillerie sur le plateau. Jamais vu autant de bouts de ferraille différents ! Les planches dans le coin, les parties de piètement dans l’autre. Un grand carton étalé au centre et c’est parti ! La notice s’apprivoise plus facilement que redouté, je dois reconnaitre que ses schémas fort détaillés compensent bien la complexité du montage. Tout le contraire des kits Ikea !

Deux heures plus tard, la structure est montée. Manque plus que les tiroirs et les portes.

— Pas mal, finalement, commente Chéri qui lève la tête de son ordi. T’as prévu un truc pour le déjeuner ?

En milieu d’après-midi, l’armoire est prête. Je la contemple quelques instants fièrement.

— T’as vu ? Nickel pour ranger tes affaires.
— Pas mal. On va pas l’installer maintenant ?

Le ton est inquiet.

— Non, pas avant de s’être débarrassé de la commode. On la déposera aux encombrants mercredi si je ne parviens pas à la donner d’ici là. Tu m’aideras ?
— Comme toujours, répond-il avec un sourire charmeur.

Encore une grosse demi-heure à trier les pièces restantes. Avec une armoire (même sans portes) en plus, je n’en manque pas. Les planches empilées contre un mur avec les grosses pièces métalliques en attente des encombrants, les petites dans le bac du recyclage, les vis qui peuvent servir dans la mallette à outils. Les cartons dûment aplatis et liés déposés dans le local à poubelles. Ouf ! On peut sortir, chéri !

Mercredi soir, Chéri rentre tardivement du travail. Ça me donne le temps de vider tranquillement les tiroirs de la commode dans deux cartons récupérés au marché le week-end précédent.

— Tu m’aides à descendre la commode sur le trottoir ?
— T’as pas réussi à le donner ?
— Non, trop décatie.
— C’est dommage. Y’a des tas de gens qui ne savent pas où ranger leurs affaires, ne serait-ce que dans un garage. T’as tout essayé ?

Il n’insiste pas. Il a capté mon regard agacé.

La commode ne passe pas dans l’ascenseur.

— Ne me dis pas qu’il faut la démonter ? s’irrite Chéri. On l’y a bien fait entrer à l’époque pour la monter jusqu’à chez nous.

Mais rien à faire.

Heureusement Dieu est avec nous. Les montants cèdent à peine tentons-nous de basculer le meuble pour chercher comment procéder. Quand je le disais branlant…

Deux allers-retours en ascenseur et la commode trône sur le trottoir. Il ne manque plus qu’à y ajouter les planches et grosses ferrailles en excédent. Chéri s’impatiente, je le sens. Il doit avoir des trucs à faire.

En scotchant en haut de l’amoncellement l’étiquette portant la référence de l’enlèvement, je suis fière.

— Une affaire qui roule !
— Super organisation, bravo.

Il est reconnaissant le Chéri.

— Il nous reste à mettre la nouvelle armoire à sa place, j’ajoute.

Regard noir de Chéri. Je sens comme un coup de vent qui envoie au loin la reconnaissance à peine exprimée.

Un dernier effort et le meuble est en place.

— Tu seras bien là pour travailler, hein ?
— Oui c’est vrai. On a bien fait d’insister.
— Je remets tout dans les tiroirs et on dîne, d’accord ?
— OK, j’appelle ma mère en attendant.

Le lendemain en rentrant du travail, je remarque les planches sur le trottoir. Toutes les planches, les ferrailles aussi. Ainsi qu’un gros meuble et un long miroir. La commode est partie, l’étiquette aussi. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? J’avais pourtant bien déclaré tout ce fatras lors de la demande d’enlèvement.

Soit il y a eu une erreur dans la prestation, soit la personne qui a déposé le meuble en a déposé un autre que les exécutants ont privilégié par rapport aux planches, soit le dépôt du miroir a été rédhibitoire, soit quelqu’un a emporté la commode et l’étiquette avant l’enlèvement, soit le mètre-cube déclaré a été dépassé à cause du dépôt additionnel… je n’aurais jamais la réponse. Et quoi qu’il en soit, je ne peux laisser ce bazar sur la voie publique.

Mon manteau encore sur le dos, je prends à nouveau rendez-vous avec les encombrants. Mince trois semaines de plus !

Chéri est en déplacement. Je vais chercher un diable, charge tout le rebus et le descends à la cave en trois allers-retours. J’ai mal au dos. Des courbatures dues au montage de la commode certainement.

Trois semaines plus tard, la veille du passage des encombrants, je sollicite Chéri.

— Tu viens m’aider à remonter les planches de la cave ?
— C’est quoi ça encore ?
— Je t’ai raconté, les planches qui n’ont pas été emportées.
— Ah oui, t’en est encore là ?
— Eh oui ! Je ne suis pas magicienne comme toi. Quand je claque des doigts, il ne se passe rien avec moi. Tu n’as pas conscience de la chance que tu as d’avoir ce don, Chéri !

*********************************************

Il s’agit d’une fiction, on est bien d’accord ?

Toute similitude avec des faits ou des personnages existants ou ayant existé serait une pure coïncidence. Mon chéri n’est pas du tout comme ça, il adore les puzzles de meuble et moi je le regarde manier le tournevis en sifflotant tandis que je bois mon thé.😂😂😂 

Les meubles en kit et vous, ça donne quoi ? Témoignez en commentaire pour nous faire rire… ou nous rendre jaloux !

(Illustration reprise du site « Lulu dans ma rue« )

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Je vous l’ai annoncé récemment, j’ai revu ce blog pour être en mesure de mieux dialoguer avec vous. Si vous me confiez votre adresse mail (promis je ne vais ni la vendre ni l’utiliser sans votre accord, j’ai quelques principes !), je pourrai vous adresser en avant-première des infos, et surtout une micro-fiction que je ne publierai que plus tard. J’espère parvenir à en écrire une par mois tout en continuant à avancer sur mon roman en cours. Une façon pour vous de devenir lecteur ou lectrice privilégié.e et pour moi de compter sur un cercle rapproché de lecteurs.

Je vais très prochainement envoyer la première newsletter mensuelle. Vous êtes prêt.e ? Il suffit de vous inscrire tout de suite sur la page dédiée.

Un cadeau vous attend déjà, la nouvelle Lignes et lames extraite de Point à la ligne, à découvrir ou re-découvrir.

Techno-inaptitudes

Image par cafepampas de Pixabay

Ma tête n’est qu’une nappe de brouillard. Pas aussi jolie que sur la photo. Non, plutôt du genre à vous faire paniquer parce qu’on s’y perd dedans.

Je profite de mon temps libre (encore quelques jours de congé maladie) pour améliorer ma présence sur les réseaux sociaux et ma communication sur ce blog. Pour m’y aider, j’ai fait appel à Jérôme*, un vieux routard du personal branding des auteurs auto-édités. Rien que de l’écrire, ça en jette !

Le vieux routard étant bien plus jeune que moi, avec un cerveau encore souple, il ne montre aucune difficulté à manier les interfaces, les opt-in, les widgets, les formulaires,  les backlinks, les pop-up… et tous les trucs dont je n’ai même pas enregistré les noms et qui me filent des boutons. Et pas des boutons sur lesquels on peut cliquer hélas. Je me trouvais méritante d’oser m’aventurer dans ce dédale digital, c’est plutôt de l’inconscience. Je suis dans le brouillard, je vous l’ai dit.

J’ai fait transférer mon blog vers un autre hébergeur ainsi que son interface habituelle. Vous avez pu remarquer qu’il a une nouvelle apparence. Le blog version 2022. Un tour de passe-passe que ne renieraient pas les marketeurs, mais rien de bien fondamentalement différent en apparence. Sauf pour celui (moi !) qui est aux manettes dans le back-office. Je ne m’y retrouve plus ! (Je compte sur votre indulgence dans les semaines à venir, mais n’hésitez pas à me suggérer des améliorations en commentaire.)

Quant à la création de formulaires pour vous envoyer des news, c’est MayDay, MayDay ! Même en suivant à la lettre les conseils du geek Jérôme, ça bugue. De partout. Je n’ose pas l’appeler pour lui avouer combien je suis nulle. Je navigue dans ma nappe de brouillard entre culpabilité et honte. Que diable suis-je allée faire dans cette galère? Je ne songeais pas à ce qui allait arriver.

Encore et toujours cette fichue naïveté. Si d’autres y arrivent, j’y arriverai aussi. Mais ça ne fonctionne pas toujours aussi, il faudrait que je finisse par l’accepter à mon âge.

Pourtant j’ai l’habitude. « Petit chéri, comment je fais pour sauvegarder mes données sur mon téléphone ? »,  » Loulou, le wifi est planté ! », « Chouchou, je trouve plus NetFlix ! », « Poupette, tu crois que je peux supprimer les notifications sur mon ordi ? ». Pas douée, la mother, ils l’ont compris, mes chéris.

Ils arrivent, sans précipitation, quand ils ont deux minutes à perdre seulement, pour sauver leur mère en perdition. Ils procèdent à la manip en silence, en dix secondes chrono (dans les deux minutes, ils se prépareront un café ou piqueront un truc à grignoter dans le réfrigérateur), stoïques, sans souffler d’exaspération, sans regard du style tu abuses !, sans explications non plus (à quoi ça servirait ? Je te l’ai déjà dit vingt fois et tu ne t’en souviens toujours pas !).

Exactement comme je m’y prends avec ma mère quand elle me demande pour la centième fois la façon d’effacer les messages de son Doro (le téléphone le plus simple du marché !) ou de changer les piles de sa télécommande.

L’autre jour, en me regardant saisir un SMS, elle m’a dit, avec une lueur de fierté et d’envie dans les yeux, que je tapais vite, qu’elle aimerait bien savoir faire, elle aussi. Alors que mes enfants se moquent, gentiment, de ma façon de taper à un doigt sur mon mini I-Phone d’un autre siècle. Comme quoi…

Comme quoi on a tous des inaptitudes, des envies et des regrets, on rend jaloux les uns, on est la risée des autres. L’humanité est ainsi constituée. On est tous la mère, le père, le fils, la fille de quelqu’un. Même sans lien de sang.

« Allô Jérôme ? Heu, j’ai pas réussi à tout faire…, je suis dans un brouillard de dingue, je ne comprends pas comment… »

*Jérôme Vialleton, auteur et coach

Bise, bise, bise

bisouBise, bise, bise est le titre de ma dernière nouvelle postée sur le site Short Edition.  Elle est en lice pour la saison Hiver 2020 du Grand Prix du Court. Un prix pour le plaisir et les encouragements, rien de plus, alors lisez-la et si elle vous plaît, votez pour elle et laissez-moi un commentaire ! Bises à vous.

Nouvelle Bise, bise, bise

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